La vieille mémoire
Creator: Camino, Jaime
Date Created: 1977
Type: Documentary films
Extent: 1 item
Le film documentaire La vieille mémoire (1977) revêt un intérêt fondamental pour comprendre la gestion de la mémoire de la Guerre Civile pendant la Transition. Son titre même constitue une déclaration d'intention ambiguë quant à la valeur qui peut être accordée au témoignage individuel pour comprendre les événements du passé. En fait, il s’agit principalement d’une série d'entretiens avec des dirigeants politiques et des combattants des deux camps, qui apparaissent presque toujours liés sans solution de continuité. La plupart d'entre eux avaient été des figures de premier plan pendant la guerre ou le franquisme et certains étaient même encore en exil. Outre ces témoignages, le film fait appel à divers documents d'archives, photographies, extraits cinématographiques ou de presse.
Les différentes voix tentent de reconstituer la séquence des événements liés à l'avènement de la République et surtout au début de la Guerre Civile. L'aspect le plus remarquable du film est précisément la manière dont Camino travaille et façonne la voix testimoniale. Pour ce faire, il supprime la présence habituelle de l'intervieweur ou du narrateur. Au lieu de cela, il utilise le montage, permettant aux témoignages d'entrer en dialogue les uns avec les autres, de se chevaucher, de se compléter ou de se contredire, même si les intervenants se trouvent à des époques et dans des lieux différents.
La reconstruction des faits qui émergent de ce dialogue devient donc complexe, parfois indéterminée, hétérogène ou divergente en raison de la diversité des points de vue. Et dans ce processus, le montage articule peu à peu, à travers ce contraste entre les diverses voix, une séquence d’évènements qui laisse au spectateur la possibilité de juger, de comparer et de tirer ses propres conclusions sur ce qui lui est raconté. En somme, cette stratégie de montage vise à distancer de manière critique le spectateur du témoignage verbal afin qu'il l'articule dans sa propre compréhension du passé. De plus, la musique du film (splendide partition de Xavier Montsalvatge) soutient ce processus en déformant, soulignant ou établissant un commentaire ironique sur ce qui est dit à chaque instant.
En résumé, la distanciation réflexive proposée par le film vise à éloigner le spectateur de la chaleur hypnotique de la mémoire littérale déclenchée par chaque témoignage et le place dans une position plus élevée, d'où il peut juger les fractures, les différences de perception d'un même fait, les faiblesses et les inexactitudes du souvenir. Incitant justement à ces contradictions, Camino tente d'aller au-delà des empathies et des rejets pour faire de cette mémoire du passé une mémoire exemplaire.
VJB






