Rocío
Creator: Ruiz Vergara, Fernando (1942-2011)
Date Created: 1980
Type: Documentary films
Extent: 1 item
Le documentaire Rocío, réalisé en 1980 par Fernando Ruiz Vergara, est le premier film à avoir été saisi et interdit légalement en Espagne après l'abrogation de la censure franquiste en 1977 et l'adoption de la Constitution de 1978. À ce jour, la projection publique de sa version originale reste interdite sur tout le territoire espagnol.
Ce long métrage documentaire dissèque minutieusement, le phénomène du pèlerinage d’El Rocío (Huelva) d'un point de vue anthropologique, social et historique, en démontant les implications et les intérêts de l'église, des propriétaires terriens et du pouvoir politique dans ce pèlerinage marial massif. Rocío a été un film pionnier dans la dénonciation des crimes fascistes commis pendant la Guerre Civile espagnole, en désignant les responsables de la répression menée par les insurgés à Almonte, localité où se déroule le pèlerinage, et a permis de retrouver l'identité de quelques-unes de la centaine de personnes assassinées dans cette commune pendant ces évènements. C'est précisément cette dénonciation qui, en pleine transition vers la démocratie et alors que la mort de Franco était encore récente, a fait de ce film la victime d'une des plus évidentes atteintes à la liberté d'expression en période démocratique.
Rocío se heurta à des obstacles dès le début de sa distribution : au climat d'hostilité généré par la presse conservatrice et au boycott des exploitants andalous, s'est ajoutée en février 1981, la plainte pénale déposée par les enfants d'un propriétaire terrien et ancien maire d’Almonte sous la dictature de Primo de Rivera, identifié dans le documentaire comme l'un des instigateurs des meurtres. Les accusations comprenaient la diffamation grave, l’outrage à la religion catholique et l’outrage public aux cérémonies en l'honneur de la Vierge du Rocío.
La Cour provinciale de Séville a saisi le film et, un an plus tard, en 1982, un procès s'est tenu, qui a abouti à la condamnation du réalisateur Fernando Ruiz Vergara pour diffamation à deux mois de prison et une amende. Le jugement interdit également la distribution et la projection publique du documentaire sur l'ensemble du territoire espagnol, à moins que trois passages faisant référence aux crimes d'Almonte ne soient supprimés. En 1984, la Cour suprême a confirmé la sentence suite au pourvoi en cassation formé par les parties. En 1985, le film est ressorti en salles avec des intertitres insérés par le réalisateur pour remplacer les séquences censurées, rendant ainsi la censure visible.
Les vestiges franquistes au sein de l’appareil judiciaire et le manque de soutien institutionnel des gouvernements de l’UCD et du PSOE ont fini par sceller le destin de Rocío. Le film de Ruiz Vergara est un exemple paradigmatique du silence imposé pendant la Transition aux voix critiques et dissidentes dans le domaine de la production culturelle.
CB






