Les défenseurs de la foi
« L’Espagne déchirée par des factions opposées... Le Front Populaire a volé les élections et libéré 30 000 criminels. » C'est avec ces mots forts et tendancieux que commence Defenders of the Faith (Les défenseurs de la foi), un long métrage documentaire produit et narré par l'Américain Russell Palmer, tourné en pleine Guerre Civile espagnole. Loin d'être une chronique objective, le film a servi d'instrument de propagande au service du camp insurgé, visant à gagner la sympathie des conservateurs américains pour la cause franquiste. Le film est une exaltation de la vie quotidienne dans l'Espagne franquiste, marquée par l'ordre, le progrès et la religiosité (les défilés de la Section féminine, l'arrivée des troupes nationales dans des villes comme Castellón ou la tranquillité et la paix à Saint-Sébastien sont particulièrement impressionnants) face au chaos, à la méchanceté et à la souffrance de l'Espagne républicaine, illustrée parfaitement dans les gros plans des prisonniers ennemis. Il s'agit également du premier film sur un conflit armé tourné en couleur.
Palmer n'était pas un cinéaste quelconque : il était président de Peninsular News Service, un groupe médiatique catholique pro-franquiste aux États-Unis (qui publiait, entre autres, les magazines Spain et Cara al Sol), il avait travaillé comme conseiller commercial à Madrid et cultivait des liens étroits avec l'élite phalangiste, ce qui lui permettait de se déplacer librement dans la zone nationale pendant le conflit. Son documentaire, produit sans aucune restriction de la part de l'appareil franquiste, diffuse une vision ouvertement manichéenne du conflit : les insurgés apparaissent comme les défenseurs héroïques de la foi et de la civilisation occidentales face à un ennemi caricaturé comme chaotique, criminel et communiste. En ce sens, Defenders of the Faith s'inscrit dans la stratégie du premier franquisme visant à façonner l'opinion publique internationale par le biais de services de presse sympathisants, présentant la guerre comme une croisade inévitable contre le bolchevisme.
Le film a été projeté dans des salles américaines et a circulé dans les milieux catholiques et anticommunistes, en opposition directe à des œuvres comme The Spanish Earth (1937), réalisé par Joris Ivens et écrit par Hemingway et Dos Passos, qui défendait la cause républicaine d'un point de vue humaniste et militant. Alors que The Spanish Earth cherchait à générer de l'empathie envers les paysans et les miliciens qui défendaient la République, l'œuvre de Palmer utilisait un langage épico-religieux pour justifier le soulèvement comme restauration de l'ordre moral.
Aujourd'hui, Defenders of the Faith ne représente pas seulement un document cinématographique partial, mais aussi un élément clé pour comprendre comment le franquisme a très tôt expérimenté sa diplomatie culturelle à l'étranger, en particulier aux États-Unis.
AM






