Libertaires
Creator: Aranda, Vicente (1926-2015)
Source:
Alamy, P0M6NA
Date Created: 1996
Type: Film
Extent: 1 item
« Été 1936. 18 juillet. L'armée espagnole se soulève contre le gouvernement de la République. 19 juillet. À Barcelone et à Madrid, l'armée est vaincue grâce à l'effort héroïque du peuple. 20 juillet. Les masses réclament un État révolutionnaire. Le gouvernement légal est incapable de contrôler la situation. 21 juillet. La Guerre Civile espagnole a commencé, la dernière guerre idéaliste, le dernier rêve d'un peuple tourné vers l'impossible, vers l'utopie. »
C'est avec ces messages informatifs que commence le film de Vicente Aranda. Se déroulant dans les premières heures de la révolution en Catalogne, la séquence initiale, en partie basée sur un montage tiré du Reportaje del movimiento revolucionario en Barcelona (Mateo Santos, 1936) - nous plonge dans une atmosphère exaltée. Deux militantes du mouvement anarchiste féminin « Mujeres libres » font irruption dans un bordel dans le but de persuader les prostituées de briser leurs chaînes et de se joindre à leur cause. Dans le bordel se trouve une jeune novice qui croyait avoir échappé aux miliciens anarchistes en se réfugiant dans cet endroit.
Fruit de l'imagination de son auteur, cette fiction développe deux récits parallèles. Le premier se concentre sur le destin individuel de cette religieuse recrutée contre son gré qui, avec ses nouvelles compagnes de lutte, découvre un anarchisme généreux et joyeux, étonnamment proche, à bien des égards, de l'idéal religieux qu'elle professe. Le second récit traite du destin collectif de ce groupe de femmes, qui devront affronter les préjugés de leurs compagnons masculins pour obtenir le droit de rejoindre la colonne « Durruti » et de combattre sur le front d'Aragon.
Malgré les anachronismes et les invraisemblances, la reconstruction historique s'inspire des sources d'une mémoire commune, celle des vaincus, une mémoire certes incomplète et partielle, mais que le film fait sienne et à laquelle il rend hommage. Dans une interview, le cinéaste a clairement indiqué que Libertarias avait pour ambition de « justifier la mémoire que certains peuvent conserver ».
Avec une bande originale saturée de chants révolutionnaires, une figuration plurielle et des images au format Cinemascope qui exaltent la geste anarchiste, le film choisit de se situer dans le registre émotionnel. Sur la voie ouverte par Land and Freedom de Ken Loach (1995), Libertarias célèbre les potentialités historiques qui se sont ouvertes pendant l'épisode révolutionnaire et plaide pour l'éveil d'une mémoire partisane.
J-PA






