Les longues vacances de 36
Creator: Camino, Jaime
Date Created: 1976
Type: Film
Extent: 1 item
Quelques mois à peine après la mort de Franco, un film sort en salles qui s’inscrit dans la nécessaire révision de l'histoire de l'Espagne au XXe siècle, en particulier du franquisme qui avait répété son apologie de la guerre comme « libération » du chaos de la République. C'est l'un des premiers films à choisir le point de vue des vaincus, criminalisés comme anti-espagnols par la dictature. Sa sortie en juillet 1976 a un impact considérable, car elle marque le début d’un changement de discours sur la guerre et le franquisme.
Sans doute sans le vouloir, le réalisateur Jaime Camino, né à Barcelone un mois avant le coup d'État avec lequel commence la guerre, inaugure avec ce film une série consacrée à cette époque, dont font également partie le documentaire « La Vieille Mémoire » (1978), « Dragon Rapide » (1986), « Le Long Hiver » (1992) et « Les Enfants de Russie » (2001).
Camino choisit de montrer comment la guerre divise la société, et même les familles, en deux Espagnes évoquées par Antonio Machado, que le film cite. Il n’aborde pas en détail les causes et les débats idéologiques et ne comporte pratiquement aucune scène de combat. Au contraire, le récit met en avant les enfants, dont l’un passe à l’âge adulte et découvre sa sexualité pendant le conflit. Enfant lui-même pendant les dures années 40 de l'après-guerre, Camino évoque dans cette histoire la tristesse des milieux familiaux empoisonnés par l'intolérance fasciste et les premières étapes de l'exil improvisé de personnes qui auraient fini en prison si elles n’avaient pas fui le pays.
Situé dans un village catalan où une famille bourgeoise de la capitale passe ses vacances, le film commence avec le déclenchement de la guerre et se termine par ces images désolantes de la marche vers l'exil. Contrairement à la structure habituelle, plus l’histoire avance, et plus elle devient triste, car l’on apprend la mort de membres de la famille, les positions politiques se polarisent, et la pénurie pousse les gens à se battre pour leur nourriture. Les vacances d’été se transforment alors en un parcours cruel pour les enfants et les adultes ; la vie oisive, faite de jeux et de plaisir de la nature, laisse place à une atmosphère de « homo homini lupus » (l’homme est un loup pour l’homme).
Le film met en scène une distribution soigneusement sélectionnée d’acteurs très talentueux et a obtenu une diffusion remarquable, attirant plus d'un million de spectateurs dans les salles. Aujourd'hui, certaines scènes peuvent sembler quelque peu didactiques, mais les expériences des enfants et l’impact brutal du coup d'État militaire restent d’une grande actualité.
JLSN






