La guerre est finie
Creator: Resnais, Alain (1922-2014)
Creator: Semprún, Jorge (1923-2011)
Date Created: 1966
Type: Film
Extent: 1 item
La contribution de Jorge Semprún, en tant que scénariste, détermine en partie la lecture que l'on peut faire du film d'Alain Resnais. Diego Mora, membre du Parti communiste espagnol (PCE), interprété par Yves Montand dont les affinités avec le mouvement communiste étaient connues, vit en exil à Paris. Il traverse fréquemment la frontière sous de fausses identités pour entrer en contact avec les militants clandestins en Espagne. De retour d'une mission particulièrement dangereuse, il commence à douter du sens de son action et de la stratégie du Parti. Le titre du film s'inspire du communiqué du 1er avril 1939 par lequel Franco annonce la victoire définitive des troupes nationales. Sa sortie coïncide avec un moment de découragement et de désillusion face au vide politique et à l'impasse dans laquelle se trouvait bloquée l'opposition antifranquiste.
Au milieu des années 1960, l'Espagne ne se trouve plus dans la situation de tension politique et sociale des années 1930, et la perspective d'une grève générale qui aboutirait à la chute du régime devient une chimère. Ce diagnostic, que les dirigeants historiques du PCE ne sont pas encore prêts à accepter, est défendu en revanche par Semprún qui, outre qu’il déplore le manque de démocratie interne et adopte une position critique à l’égard de l'URSS, ne croit plus à l'imminence d'un changement de régime. Écrit peu après l’expulsion de Semprún du PCE pour révisionnisme et défaitisme, le scénario de La Guerre est finie décrit un paysage décourageant et incertain qui semble critiquer le triomphalisme de la direction communiste. Le personnage de Diego Mora (projection personnelle du scénariste lui-même) est en désaccord avec le volontarisme optimiste du Parti, réclamant en vain que l'action du PCE s'adapte à la réalité de la situation politique et sociale espagnole. Il polémique également avec les membres d'un étrange « Groupe léniniste d'action révolutionnaire » qui a opté pour une stratégie terroriste.
Le film fut interdit tant par le régime franquiste que par l’opposition communiste. Le ministère espagnol de l'Intérieur a exigé son retrait de la sélection officielle du Festival de Cannes, et l'appareil communiste a réussi à empêcher sa projection dans la sélection officielle du festival de Karlovy Vary en Tchécoslovaquie. Il n’est sorti à Barcelone qu'en avril 1977.
JPA






