NO-DO (Actualités et Documentaires)
NO-DO, (Actualités et documentaires), diffusé pour la première fois le 4 janvier 1943, consacre son numéro 14 à sa première commémoration du jour de la Victoire (le 1er avril), quatre ans après le triomphe nationaliste.
Il le fait avec un long reportage rétrospectif qui clôt le journal d’actualités filmées et dépasse, par son thème, le traditionnel défilé de la victoire présidé par Franco, puisqu’il s'ouvre sur une affiche qui interpelle le spectateur de manière inquiétante, musique sinistre comprise : « DERNIÈRE HEURE / Espagnols, souvenez-vous ! ». Suit une succession de plans qui nous plongent dans la période de guerre où les rues madrilènes sont envahies de symboles communistes (photos de Lénine, Staline, Vorochilov, drapeaux rouges), expression pour ces actualités filmées d'une « ville prise », bien qu’il n’y ait pas de voix off. Suivent trois sections dont les titres qualifient cette occupation : « 1936/1939 Désordre », « Misère/Chaos » et « Douleur ». Les images qui accompagnent ce climat inquiétant proviennent de films républicains, bien que leur sens inverse l'orientation idéologique de l'original.
La deuxième partie inverse le ton émotionnel pour exprimer le triomphe et la libération. Une affiche l’introduit : « Et le 28 mars 1939 ». La joie que suggèrent les images et le son célèbrent l’entrée des troupes nationalistes à Madrid par la Cité universitaire. Une ellipse nous transporte enfin quatre ans plus tard : « AUJOURD’HUI, 1er avril 1943 ». C'est le prologue d'un reportage centré sur le défilé de la victoire de 1943 qui met l'accent sur la place centrale du Caudillo acclamé comme un héros. « Toutes les âmes - dit le narrateur - se souviennent de ce communiqué officiel qui annonçait au monde la nouvelle sensationnelle : « Aujourd'hui, l'armée rouge étant captive et désarmée, les troupes nationales ont occupé [sic] leurs derniers objectifs militaires. La guerre est finie. »
Le modèle rhétorique et la succession d'images du défilé se poursuivront régulièrement tout au long de l'histoire des NO-DO, mais ce n'est qu'à cette occasion qu'un récit rétrospectif sera présenté. Ainsi, ce reportage d’actualités crée un modèle tout en étant atypique par sa référence rétrospective et l’accent mis sur le danger communiste. L'esprit militaire de la victoire franquiste sera associé dans les actualités à d'autres émotions liées aux évènements marquants du régime (l'enthousiasme pour les inaugurations, le travail propre au soulèvement national du 18 juillet, et l'expression du deuil qui caractérise les célébrations du 20 novembre pour la mort de José Antonio Primo de Rivera).
VSB






